Macroéconomie

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Notamment, le niveau d’activité de l’économie, déterminé par le niveau de la demande effective, peut être insuffisant pour assurer l’équilibre de plein emploi sur le marché du travail, ce qui peut justifier l’intervention de l’État (section 3), la dynamique macroéconomique résultant du jeu du multiplicateur (section 4).

1 L’hétérodoxie du projet keynésien

La volonté d’identifier la nature de l’économie « où nous vivons réellement », expression utilisée par Keynes pour qualifier sa démarche, met à jour le caractère profondément hétérodoxe du projet keynésien vis-à-vis de la tradition « classique ».

Cette rupture réside notamment dans la reconnaissance de la nature monétaire de cette économie, le concept d’économie monétaire de production se substituant donc à la dualité réel/monétaire qui fonde l’approche classique. La comparaison avec l’approche classique permet de mieux percevoir l’originalité de la problématique keynésienne.

1.1 L’approche classique : une économie réelle d’échange

L’approche classique perçoit l’économie comme une économie réelle d’échange :

– où la monnaie est neutre, c’est-à-dire qu’elle est un simple instrument d’échange qui ne modifie pas les valeurs réelles échangées (notion de monnaie-voile) ;

– où l’activité se déroule dans le cadre d’un avenir certain (ou probabilisable) ;

– où les agents sont autonomes et indépendants, la rationalité de leurs comportements (guidée par la poursuite de leur intérêt individuel) conduisant, via l’allocation optimale des ressources, à la réalisation d’un équilibre général des quantités offertes et demandées.

La compréhension du fonctionnement de l’économie doit partir de la compréhension des comportements individuels et des mécanismes de marché qui permettent leur coordination. L’objet de l’analyse classique consiste en la recherche des conditions de l’équilibre général instantané et simultané des échanges réels via l’interdépendance (loi de Walras) de l’ensemble des marchés : marchés des biens, du travail, des capitaux, de la monnaie.

Les variations des prix représentent les variations des valeurs réelles d’échange des biens, la monnaie (neutre) servant de numéraire et de pur instrument de transaction. Les variations de prix sont les variables régulatrices du modèle.

Elles assurent automatiquement l’égalisation, sur chacun des marchés, de l’offre et de la demande, lesquelles sont en situation d’indépendance réciproque. Les marchés ne sont pas seulement des lieux d’échanges : ce sont les lieux où s’ajustent et se mettent en cohérence les décisions individuelles. Sur chaque marché, un prix détermine l’équilibre : le salaire réel sur le marché du travail ; le taux d’intérêt sur le maché du capital ; le niveau général des prix sur le marché de la monnaie. Typiquement, ces principes conduisent à l’élaboration d’un modèle d’offre qui repose sur les enchaînements successifs suivants. Le niveau de salaire réel d’équilibre (W/P*) s’établit sur le marché du travail, à la rencontre de l’offre (Ns ) et de la demande (Nd) de travail, cette intersection déterminant simultanément le niveau d’emploi de l’économie (N*).

 

De ce dernier, on déduit, indépendamment du niveau de la demande et via la fonction de production macroéconomique Ys = f(N), le niveau d’offre des entreprises sur le marché des biens (Y*).

Selon la loi de débouchés de JeanBaptiste Say, toute offre crée sa propre demande (via la distribution de revenus), ce qui empêche toute crise de surproduction. C’est au marché du capital que revient la responsabilité de moduler le partage de cette offre globale (Y*) entre demande de consommation (C*) et d’investissement (I* = S*), à travers la détermination du taux d’intérêt réel d’équilibre (r*). Celui-ci permet d’égaliser l’épargne (S*) et l’investissement (I*).

En permettant aux offreurs et aux demandeurs de capital1 d’ajuster leurs projets, le taux d’intérêt réel (r) apparaît comme la rémunération de la renonciation à la consommation immédiate de la part des offreurs de fonds (les agents ayant une préférence pour le présent).

Dans l’analyse classique, l’épargne est un préalable à l’investissement. Il convient donc de la favoriser en la rémunérant. Un quatrième marché, le marché de la monnaie, complète le jeu des grandeurs réelles des trois marchés précédents, par la détermination des grandeurs nominales. La théorie quantitative de la monnaie selon l’école de Cambridge décrit comment l’égalisation de l’offre de monnaie Ms = M0 (exogène) et de la demande de monnaie (Md) dans une optique purement transactionnelle conduit à la fixation du niveau général des prix d’équilibre (P*).

L’école de Cambridge assimile la demande de monnaie à une demande d’encaisses de transaction, fonction du revenu nominal Md = v.Y. 1.2 L’approche keynésienne : une économie monétaire de production L’objet de l’analyse keynésienne consiste en l’analyse des variations de la production et de l’emploi. La variable déterminante est la demande globale anticipée qui permet la mise en œuvre des stratégies de profit de la part des entrepreneurs, les recettes attendues de la vente de la production devant couvrir les coûts de production.

À l’intersection des courbes d’offre et de demande globales anticipées, la demande effective contient donc les anticipations des agents, c’est-à-dire les dépenses que ces derniers, consommateurs ou entreprises, sont disposés à effectuer pour l’achat de la production et dont la réalisation est soumise à leurs comportements effectifs.

Les décalages susceptibles d’apparaître entre anticipations et comportements, dans le cadre d’un avenir incertain, non probabilisable, sont à l’origine d’un sous-emploi chronique lié à la sous utilisation des ressources productives.

Alors que la loi des débouchés postule que le produit obtenu de la vente de la production est toujours égal au produit anticipé, Keynes fait apparaître que cette égalisation ne se réalise qu’en un seul point de la courbe de demande, la demande effective. Le niveau d’emploi dépend de la propension à consommer et de l’investissement. Première composante de la demande effective, la consommation des ménages tend, selon la « loi psychologique fondamentale » à augmenter moins vite que le revenu.

Pour absorber l’excès de production et maintenir l’emploi, le montant de l’investissement, deuxième composante de la demande globale, doit être suffisant.

Celui-ci dépend du rendement anticipé de cet investissement (que Keynes appelle l’EMC, efficacité marginale du capital), que les entrepreneurs comparent au taux d’intérêt. Le contexte d’incertitude pèse sur ces deux variables.

L’EMC va être fonction du climat des affaires. Pour Keynes, les vagues d’optimisme ou de pessimisme qui touchent les entrepreneurs expliquent l’instabilité de l’investissement. Le taux d’intérêt n’est pas une variable réelle déterminée, comme dans l’analyse classique, par confrontation de l’offre et de la demande de financement. C’est, dans l’ana- lyse keynésienne, une variable monétaire, déterminée sur le marché de la monnaie, par confrontation de l’offre et de la demande de monnaie.

 

Pour Keynes, l’épargne est un résidu : c’est ce qu’il reste du revenu une fois les dépenses de consommation effectuées. Les ménages peuvent ensuite placer leur épargne sous forme de titres qui rapportent un intérêt, ou sous forme monétaire, c’est-à-dire liquide. Or, les ménages ont une préférence pour la liquidité. Ils n’accepteront de placer leur argent que si ce placement leur rapporte un intérêt suffisant, récompensant la renonciation à la liquidité. La préférence pour la liquidité est liée à l’incertitude quant au niveau futur des taux d’intérêt, qui rend l’achat de titres risqué. Elle pousse le taux d’intérêt à la hausse, ce qui pénalise l’investissement. La monnaie a donc bien un effet réel, elle n’est plus neutre comme dans l’analyse classique.

L’investissement dans ce cadre risque donc lui-même d’être insuffisant et l’économie pourra dès lors fonctionner en situation d’équilibre de sous-emploi.

2 De l’équilibre comptable à l’équilibre économique

L’analyse macroéconomique, comme la comptabilité nationale, assimile le fonctionnement de l’économie nationale à celui d’un circuit global. Toutefois, alors que la comptabilité nationale décrit l’économie et exprime un équilibre comptable, l’analyse économique cherche à expliquer les conditions de réalisation de cet équilibre. Pour les keynésiens, l’équilibre comptable ne coïncide pas nécessairement avec l’équilibre économique, c’est-à-dire avec l’équilibre correspondant aux valeurs souhaitées par les agents.

2.1 L’équilibre économique, un circuit entre agrégats L’équilibre économique national peut être appréhendé à travers un circuit entre quantités globales : les agrégats de production, de revenu et de dépense, représentant les trois grands pôles de ce circuit.

La demande est décomposée en éléments de la demande interne : consommation globale et investissement global, auxquels s’ajoute la demande externe (exportations).

Au sein de la consommation globale, on distingue la consommation finale des ménages, la consommation finale des administrations publiques et les consommations intermédiaires des producteurs. La consommation finale des ménages représentant l’élément majeur de ce triptyque, elle est, à ce titre, privilégiée par l’analyse keynésienne.

L’investissement est composé des investissements des entreprises, des ménages et des administrations publiques. De même que pour la consommation, seule la composante la plus importante est privilégiée, d’où le rôle premier de l’investissement des entreprises. La demande ainsi modélisée est satisfaite par une offre globale constituée de la production intérieure et des importations. En courte période, la production dépend des anticipations des chefs d’entreprise sur l’état futur de la demande et du niveau des stocks constitués vis-à-vis des stocks désirés. Quant aux importations, elles dépendent essentiellement du niveau de la production intérieure et de la compétitivité des produits étrangers vis-à-vis des produits nationaux.

La production intérieure détermine, à son tour, un niveau d’emploi et un volume de revenus distribués. Ces derniers induisent, enfin, une nouvelle demande, les enchaînements demande – offre – revenus se reproduisant de période en période mais dans des conditions qui ne sont pas identiques.

2.2 L’équilibre comptable : un équilibre ex post Conformément aux principes ci-dessus, l’équilibre est réalisé quand la demande globale est égale à l’offre globale.

Cet équilibre observable a posteriori sur le marché des biens et services (lorsque les mécanismes économiques ont joué) est exprimé par l’égalité comptable suivante, qui détermine le PIB1 (Y). Y + H = C + G + I + ∆S + X, ou encore, Y = C + G + I + ∆S + (X – H) avec C : consommation finale privée G : dépenses publiques I : investissement ∆S : variation de stocks X – H : solde commercial Cet équilibre, observé une fois que toutes les opérations ont été effectuées, est une identité comptable.

 

Il exprime ex post le fait que toute production nette a forcément un emploi : les biens produits sont soit consommés par les ménages ou les administrations publiques (au titre de la consommation finale), soit par les entreprises (au titre de l’investissement, des variations de stocks) soit par l’extérieur (exportations nettes des importations). Il est possible de calculer, à partir de cet équilibre comptable, la part (en %) des différentes composantes de la demande globale dans le PIB. On peut également déterminer, à partir des taux de croissance des différentes variables, la contribution de chaque élément de la demande finale à la croissance du PIB.

La contribution d’un élément à la croissance du PIB en t est égale à son taux de croissance de t – 1 à t, multiplié par sa part dans le PIB de l’année t – 1. Ainsi, le taux de croissance du PIB sera égal à la somme des taux de croissance des différents emplois, pondérés par la part de chaque élément dans le PIB de l’année précédente.

2.3 L’équilibre économique : un équilibre ex ante L’équilibre comptable, qui constate les dépenses effectives des différents agents, ne coïncide pas nécessairement avec l’équilibre économique ou équilibre ex ante, qui correspond aux aspirations initiales des agents. Pour que cela soit le cas, il faudrait que les projets des différents agents (ex ante) soient compatibles entre eux, ce qui n’a, a priori, aucune raison de se produire.

Cela suppose en effet que les producteurs anticipent parfaitement les prévisions de dépense des agents, autrement dit que les projets de production et de dépense s’ajustent parfaitement.

Dans le cas où la production décidée par les entreprises serait supérieure à la dépense souhaitée par les agents, les entreprises verront leurs stocks augmenter, avant de revoir leurs projets de production à la baisse.

Dans le cas inverse où la production serait insuffisante par rapport aux biens que les agents souhaitent acquérir, les stocks seront réduits à un niveau inférieur au niveau souhaité par les entreprises, et les ménages devront épargner le revenu qui n’aura pas pu être dépensé.

Dans tous les cas, on aboutit bien à une situation d’équilibre sur le marché des produits, définie par l’égalité de l’offre et de la demande (constituée, dans l’exemple précédent, de consommation et de variations de stocks), bien qu’il n’y ait pas d’équilibre ex ante. Les entreprises subissent une variation de stocks non souhaitée (elle correspond, lorsqu’elle est positive, à un investissement involontaire et, dans le cas contraire, à un désinvestissement involontaire), tandis que les ménages doivent épargner davantage par rapport à ce qu’ils avaient prévu.

Ce type de déséquilibre ex ante entre les projets, inévitable en l’absence de coordination préalable des différents agents, peut conduire à déterminer un niveau de revenu d’équilibre insuffisant pour assurer le plein emploi. C’est ce que montre l’analyse keynésienne, qui décrit comment se détermine le niveau du revenu d’équilibre et explique ses variations. 3 La conceptualisation keynésienne de l’équilibre de sous-emploi

3.1 Le principe de la demande effective La décision de production des entreprises dépend, pour les keynésiens, de leurs anticipations de débouchés pour la période à venir. Un bien ne sera en

effet produit que si les entreprises anticipent qu’il sera vendu, toute erreur de prévision étant sanctionnée par la constitution de stocks. Le montant de la production est ainsi déterminé par la demande effective, c’est-à-dire la demande globale à laquelle les entreprises s’attendent à être confrontées. Le cadre keynésien correspond à un objectif d’analyse de court terme : prix et salaires sont supposés rigides. L’aspect offre de l’économie est ignoré : l’équilibre sur le marché des biens et services s’obtient par variation de la production, qui s’ajuste passivement à la demande agrégée. Les producteurs offrant les produits demandés au prix en vigueur, c’est la demande qui détermine l’offre. En fin de période, la condition d’équilibre sur le marché des biens et services est que le niveau de production soit égal à la demande agrégée, ce qu’illustre le diagramme dit « à 45 degrés ».

 

Le diagramme fait figurer en abscisses le revenu national Y et en ordonnées les dépenses désirées (projetées) pour chaque niveau de Y. La droite Y repré- sente l’offre globale, c’est-à-dire les recettes suffisantes en dessous desquelles les entrepreneurs estiment qu’il ne vaut pas la peine de courir le risque de produire ; elle coïncide avec la première bissectrice puisque le revenu distribué suite à la production est égal à la valeur du produit national.

La droite D représente la demande globale, c’est-à-dire les recettes attendues par les entrepreneurs des dépenses de consommation des ménages et d’investissement des entreprises. L’emploi total est ainsi fixé par les entrepreneurs au point où les coûts de production sont couverts par les recettes attendues. Sur le graphique, la droite à 45° (ou première bissectrice) représente, par définition, le lieu des points équidistants de l’axe des abscisses et de l’axe des ordonnées. Elle matérialise donc l’ensemble des équilibres possibles pour lesquels l’offre et la demande de produits s’égalisent. L’intersection de Y et de D détermine le niveau de la demande effective, seul point où le produit suffisant est égal au produit attendu, d’où la détermination du revenu d’équilibre (YE).

3.2 L’équilibre de sous-emploi

Le revenu YE pour lequel il y a équilibre entre l’offre et la demande sur le marché des produits ne correspond pas nécessairement à un niveau de production (YPE) qui permet le plein emploi des facteurs de production, et notamment du facteur travail. L’offre de travail des agents est en effet en partie exogène, et déterminée par des facteurs démographiques.

Si le revenu d’équilibre est inférieur au revenu de plein emploi (YE < YPE), l’économie se trouvera en « situation d’équilibre de sous-emploi », ce qui signifie qu’au niveau de la production d’équilibre, il existe des facteurs de production inemployés. La demande globale est inférieure à la production potentielle.

Dans le cas où YE serait supérieur à YPE, il se produira des tensions inflationnistes. La production ne pouvant répondre à la demande, les facteurs de production étant tous déjà pleinement employés, les prix des biens auront tendance, à terme, à augmenter. Quand l’équilibre correspond à une situation de sous-emploi, les pouvoirs publics peuvent souhaiter relancer l’activité pour y remédier. Compte tenu des enchaînements keynésiens, la politique économique doit chercher à augmenter la demande globale.

3.3 Le rôle de la politique économique Différentes fonctions permettent de modéliser les composantes de la demande globale. La fonction de consommation (cf. TD 2) par exemple : la fonction keynésienne sous sa forme simple (fonction affine), exprime que la consommation dépend du niveau du revenu national disponible Y, les autres variables déterminantes (facteurs exogènes, c’est-à-dire indépendants des variations de Y) s’exprimant sous la forme d’une constante C0 : C = cY + C0 avec c, propension marginale à consommer (rapport ∆C/∆Y de la variation de consommation ∆C à la variation de revenu ∆Y), dont la valeur est comprise entre 0 et 1. La fonction d’investissement (cf. TD 3), quant à elle, est, sous sa forme simple, la relation inverse qui fait dépendre l’investissement du taux d’intérêt (i), à efficacité marginale du capital (estimation du rendement financier de l’investissement) donnée : I = I(i).

La demande extérieure (cf. TD 6) dépend du revenu étranger, déterminé hors modèle et non pris en compte ici, et du taux de change (e), X0 étant la composante exogène des exportations : X = x(e), soit, si l’on adopte une fonction linéaire, X = xe + X0.

Les importations peuvent être représentées sous la forme : H = hY + H0 avec h, la propension marginale à importer (∆H/∆Y, définie de manière similaire à la propension marginale à consommer) et H0, la composante exogène des importations. Enfin, les dépenses publiques (cf. TD 4) sont, pour l’instant et comme la plupart du temps, supposées exogènes, car du seul ressort des pouvoirs publics : G = G0 L’équilibre économique peut alors s’écrire : Y = cY + C0 + G0 + I(i) + x(e) + X0 – hY – H0 Si le niveau de production (Y) se révèle insuffisant pour assurer le plein emploi, les pouvoirs publics peuvent utiliser différents instruments de la politique économique pour relancer la demande.

 

– la politique de dépenses publiques peut agir directement sur la composante G0 de la demande globale. Elle peut avoir également une influence indirecte sur les dépenses de consommation des agents privés, à travers les transferts sociaux (qui augmentent le revenu disponible des ménages) ou les impôts (qui le diminuent) ;

– la politique monétaire peut agir sur l’investissement en faisant varier le taux d’intérêt ; – la politique de change agit enfin sur le solde commercial via la variation du taux de change.

 

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