MacroéconomiePré-requis

Source de la croissance économique

Quelles sont les sources de la croissance économique ?

Qu’est-ce que la croissance ?

La croissance économique d’un pays est l’augmentation significative, sur période longue, de sa capacité à produire des biens et des services. On la mesure par le taux de croissance du produit intérieur brut (PIB) à prix constants, calculé par année. Le PIB comporte deux sous-ensembles : le PIB marchand (somme des valeurs ajoutées créées par les unités de production résidentes sur le territoire national en un an) et le PIB non marchand (valeur de la production non marchande, c’est-à-dire disponible gratuitement ou à un prix inférieur à son coût de production, ce qui recouvre les biens et services produits par les administrations publiques et privées mais ne s’échangeant pas sur un marché). On calcule le PIB par habitant en rapportant le PIB à la population du pays, ce qui fournit une évaluation assez grossière du niveau de développement du pays.

Des indicateurs complémentaires.

Le PIB est un indicateur imparfait du niveau de richesses d’un pays et du bien-être de sa population. II évalue mal la valeur des services non marchands et ne prend pas en compte les activités non rémunérées (bénévolat, autoconsommation, entraide…), ni l’économie souterraine (travail au noir). Enfin, il inclut les activités de « réparation » de dégâts économiques et sociaux produits par la croissance : crimes et délits, accidents de la route, pollutions, alcoolisme, drogue, etc.
D’autres indicateurs permettent une évaluation plus fiable, notamment l’indicateur de développement humain (IDH), qui prend en compte l’espérance de vie à la naissance, le revenu national brut par habitant et le niveau d’instruction de la population. En 2012, la Norvège, l’Australie et les États-Unis occupent les premières places du classement (de 0,955 à 0,937), alors que la République du Congo et le Niger sont au dernier rang (0,303).

D’où vient la croissance ?

La fonction Cobb-Douglas [Y = f (K,L)] met en équation le lien existant entre les facteurs de production (le travail et le capital) et la production réalisée. La croissance serait la conséquence de l’accroissement des quantités de facteurs mises en œuvre (population active et investissement).
Cependant, Robert Solow a montré que l’essentiel de la croissance (le « résidu ») s’explique, non par des facteurs quantitatifs mais qualitatifs, qu’il regroupe sous l’expression « progrès technique », permettant d’augmenter la productivité globale des facteurs.
La théorie de la croissance endogène considère que le progrès technique, loin d’être un facteur exogène au champ économique, est en réalité produit par elle et la renforce, rendant particulièrement efficaces les investissements dans l’innovation et l’amélioration du capital humain.
L’historien Douglass North insiste sur l’importance du cadre institutionnel dans le processus de croissance, par exemple la qualité de la gestion des administrations publiques et la capacité des structures politiques à résister à la corruption. Il inclut également dans ce cadre la capacité du système juridique (lois, règlements, tribunaux) à protéger les droits de propriété, ce qui garantit aux agents économiques de pouvoir disposer librement des biens qu’ils possèdent et d’arbitrer entre leurs usages, en ayant la certitude de recevoir les bénéfices éventuels issus de leurs décisions. Une situation politique stable par exemple, ou une protection rigoureuse des brevets protégeant l’innovation sont, selon D. North, des incitations fortes à l’initiative et au dynamisme économique, donc à la croissance de l’économie.
Pour l’économiste autrichien Joseph Schumpeter, le principal moteur de la croissance est l’innovation (de produit ou de procédé), qui, en raison de son caractère irrégulier, serait responsable du caractère cyclique de l’activité économique et de l’apparition des crises.
Comment expliquer l’instabilité de la croissance ?Une croissance irrégulière
Depuis la fin du XIXe siècle, des économistes comme Juglar ou Kondratiev ont mis en évidence des « ondulations » du rythme de la production. On parle du « cycle Juglar » (de huit à dix ans) ou du « cycle Kondratiev » (de cinquante ans environ) qui alternent des phases de croissance et de ralentissement économique pouvant déboucher sur une dépression. La France a connu une phase de croissance forte de 1945 et 1975 (les Trente Glorieuses) à laquelle a succédé une période de récession et de net ralentissement de la progression du PIB. Contrairement à la « grande dépression » des années 1930, la production sur longue période a continué à progresser mais à un rythme modeste. En 2009, cependant, les pays développés ont connu des baisses du PIB (−2,7 % pour la France et −6,3 % pour le Japon) et la croissance, depuis, reste atone dans la plupart des pays développés.
De multiples explications
Keynes explique la crise par l’insuffisance de la demande globale : le ralentissement de la croissance s’explique par l’insuffisance de la consommation des ménages et, par rebond, de l’investissement des entreprises, selon un cercle vicieux qui alimente la crise : baisse de la demande → ralentissement de l’activité → montée du chômage et baisse des revenus → baisse de la demande, etc.
Le choc d’offre de l’innovation : l’expression « choc d’offre » désigne les effets sur l’économie d’une transformation importante des conditions de la production. Schumpeter a développé une analyse des cycles et des crises fondée sur l’irruption, à intervalles réguliers, d’innovations majeures révolutionnant les modes de production. Ce choc sur l’offre se traduit par l’élimination des structures vieillies et des produits obsolètes (faillites et accroissement du chômage) mais provoque ensuite une phase de croissance dynamique quand les effets de l’innovation se diffusent.
La crise pétrolière, un choc d’offre et de demande : la multiplication par 4 des prix du pétrole, en 1974, a fait bondir les coûts de production des entreprises, mettant à mal leur compétitivité. Cette montée des coûts a entraîné la faillite des entreprises les plus fragiles et fait augmenter le chômage. Pour les ménages, cette hausse des prix déclenche un « choc de demande » : en augmentant leur facture énergétique, elle comprime le pouvoir d’achat et réduit la consommation. La spirale de la récession se met alors en marche.
Crise financière, crise du crédit : certaines analyses mettent en avant le rôle des désordres financiers dans la genèse de la crise. La crise de 1929 a été déclenchée par le krach boursier de Wall Street et s’est rapidement diffusée à la sphère de la production en raison de la contraction du crédit (credit crunch) qui en a résulté.
Sur le même schéma, la bulle financière engendrée par la spéculation immobilière des années 2000 aux États-Unis a conduit à la crise des subprimes en 2007. Ces emprunts « à risque », accordés à des débiteurs incapables de les rembourser, ont fait ruiner la valeur du patrimoine de ceux qui les détenaient dans leurs portefeuilles de valeurs. Les répercussions en chaîne sur les banques, les entreprises et les ménages ont diffusé la crise de la sphère financière à l’économie réelle, avec des dégâts considérables sur l’emploi.
Des politiques impuissantes ?
Les instruments des politiques anticycliques sont la politique budgétaire et la politique monétaire.
La politique budgétaire accroît les dépenses publiques pour relancer la croissance en favorisant la reprise de l’investissement et en soutenant la consommation des ménages.
La politique monétaire vise à réguler l’évolution de la masse monétaire en libérant le crédit pendant la récession et en le restreignant en cas d’inflation.
L’intervention des États se heurte aujourd’hui à leurs faibles marges de manœuvre budgétaires et à la mondialisation qui rend illusoire toute action isolée. Les politiques de rigueur risquent de générer des situations de stagnation voire de déflation. Mais la forte progression de l’endettement public et l’incapacité des États à réduire le déficit budgétaire rendent problématique la mise en œuvre de politiques de relance qui permettraient de conjurer ce risque de déflation.

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