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CONJONCTURE 2020 : LE MAROC, UN VÉRITABLE CHANTIER À CIEL OUVERT !

Contexte hostile certes… mais le Maroc est appelé à jouer le tout pour le tout pour rattraper le train de la croissance durable et inclusive. Comment et par quels moyens ?

L’année 2020 a bel et bien démarré avec ses appréhensions mais également ses espoirs ô combien nombreux dans une conjoncture qui s’annonce tumultueuse. La conjonction d’une faible pluviométrie sur le plan national, avec pour toile de fond la tendance baissière de la valeur ajoutée agricole pour le quatrième trimestre successif affichant un repli de 5,4%, et d’une poursuite du ralentissement de la croissance mondiale à fin 2019 augurent d’une année difficile aussi bien sur le plan interne qu’externe.

Contexte hostile certes… mais le Maroc est appelé à tout miser pour rattraper le train de l’émergence et surtout faire profiter les différents pans de la société de manière équitable des fruits de la croissance économique.

Avec la Loi de Finances 2020, le ministre des Finances a certes annoncé la couleur, arrêté les grandes lignes et les indicateurs macroéconomiques à réaliser. Toutefois, force est de constater que les indicateurs économiques et les dispositions annoncées pourraient s’avérer insuffisantes pour remédier un tant soit peu à l’atonie régnante et impulser la dynamique nécessaire pour promouvoir l’entrepreneuriat et la création d’emplois. Autrement dit, la rupture tant attendue par les opérateurs économiques n’est ressentie en aucun moment dans la LF 2020.

Toujours est-il que des chantiers, ayant trop tardé, urgent pour une entrée effective en 2020. Parmi les chantiers phares, nous pouvons citer la retraite, la mise en place sur les rails du nouveau modèle de développement, la compétitivité de l’offre exportable, la justice sociale. Cette dernière ne peut être que la résultante d’un modèle de développement à même de la garantir.

Retraite : La réforme systémique piétine

Sans remuer le couteau dans la plaie et remettre sur la table la situation des caisses de retraite qui souffrent de l’amenuisement de réserves, de dettes implicites (engagements non couverts )… force est de constater que valeur aujourd’hui on ne sait que dalle sur la réforme systémique, étape cruciale de la réforme des régimes de retraite. En attribuant le projet de la réforme par le ministère de l’Economie et des Finances au cabinet FINACTU, il était question de fournir les résultats de l’étude vers la fin de l’année 2019. Or, rien ne filtre pour l’instant et les indicateurs publiés dans le rapport du Comité de Coordination et de Surveillance des Risques Systémiques prédisent qu’en matière de retraite, le Maroc a encore un long chemin à parcourir. La solution d’un pôle public et privé n’est pas retenue comme un schéma définitif de la réforme, mais plus comme un tremplin vers la mise en place d’un régime de base unique. L’objectif étant de mettre en place, à terme, un régime de base obligatoire, plafonné et ouvert à l’ensemble des actifs salariés ou non. Bref, la cadence, avec laquelle les travaux avancent, augure que la réforme n’est pas pour sitôt.

Les regards braqués sur le nouveau modèle

2020 se démarque comme étant l’année où le Maroc va s’appuyer sur un nouveau modèle de développement. Un modèle devant rompre avec celui précédent ayant montré des signes d’essoufflement dans la mesure où le taux de la croissance économique demeure en deçà des attentes. Bon an, mal an, le taux de croissance oscille autour de 3%. Résultat des courses : des disparités spatiales et sociales trop criardes entre les différents territoires, un taux de chômage élevé, frôlant les 10%, qui frappe essentiellement les jeunes diplômés, des systèmes d’enseignement et d’éducation qui souffrent de plusieurs maux.

Ajoutons à cela, la corruption qui gangrène notre économie attestant de la mauvaise gouvernance qui pèse de tout son poids sur le climat des affaires et ce en dépit des rangs gagnés dans le rapport de Doing Business 2020. Indicateur phare du climat des affaires est le flux des Investissements Etrangers qui, selon les derniers chiffres publiés par l’Office des changes, a accusé une baisse de 46,1% à 17.692 MDH à fin novembre 2019. Pis encore, on assiste à un phénomène de dégradation du rendement de l’investissement qui remet en cause l’efficacité et la qualité de ce dernier.

La commission de Chakib Benmoussa, qui nourrit beaucoup d’espoir en ce moment est appelée à livrer le rapport au mois de juin.

L’offre exportable peu compétitive

Dans un contexte entièrement libéralisé, le Maroc a du mal à remédier au déséquilibre structurel de sa balance commerciale. Les dernières statistiques publiées par l’Office des changes à fin novembre 2019 montrent que le taux de couverture ne s’est pas amélioré, soit 57,4%. En dépit des efforts déployés, l’offre marocaine est non compétitive par rapport à d’autres pays à développement similaire.

A ce titre, il est utile de rappeler que les accords de libre-échange signés avec plusieurs pays sont déficitaires en faveur des pays partenaires à telle enseigne que la question de refonte des ALE occupe le devant de la scène. Dans ces conditions, on peut considérer que le défi majeur pour l’économie marocaine est désormais celui du passage à une offre à forte valeur ajoutée pour l’économie marocaine. En se fiant aux derniers chiffres publiés par le Haut Commissariat au Plan, la croissance des exportations nationales en valeur aurait ralenti à 0,1% au quatrième trimestre 2019, au lieu de 2% un trimestre plutôt. Cette baisse résulte essentiellement du recul des ventes extérieures de la confection et de la bonneterie et des produits agricoles et agro-alimentaires. Aussi, sous l’effet du reflux des cours sur le marché mondial depuis le début de l’année 2019, les exportations en valeur des phosphates et dérivés auraient, pour leur part, contribué pour – 1,2 point à l’évolution des exportations globales. Le secteur aurait continué de pâtir de la baisse de la cadence des exportations du segment construction, dans un contexte de repli des ventes automobiles au niveau mondial, particulièrement en Europe et en Chine. C’est dire que la diversification de l’offre et des marchés se veut plus que déterminante.

Les analystes n’ont cesse de le répéter : face à cette situation défavorable, le Maroc gagnerait à œuvrer activement en faveur de l’optimisation de sa politique commerciale extérieure à travers une triple action :

Procéder à une révision globale des accords de libre-échange conclus et prospecter les meilleures voies possibles à même de favoriser un rééquilibrage des relations commerciales avec les partenaires ; Renforcer le dispositif de défense commerciale dans le but de lutter vigoureusement contre la concurrence étrangère déloyale ; Explorer l’opportunité de recourir à une nouvelle doctrine en matière de conclusion des accords de libre-échange, en privilégiant plus les groupements régionaux que l’approche bilatérale et en ciblant en priorité les pays du Sud pour se prémunir contre les chocs concurrentiels asymétriques.

Et pour conclure…

On ne saurait jamais le faire sans citer la justice sociale qui constitue la colonne vertébrale de toute économie. Sa réalisation passe avant tout par une inclusion financière. A ce titre, il est utile de rappeler que plusieurs mesures ont été déployées pour y parvenir pour ne citer que la stratégie de l’inclusion financière dont les contours sont mis en place par la Banque Centrale et le ministère de l’économie et des finances.

Toujours est-il que dans ce sillage, nous ne pouvons pas nous empêcher d’évoquer le système fiscal qui brille par l’absence de l’équité fiscale. Au lendemain des assises de la fiscalité ayant promis monts et merveilles, des espoirs sont nourris pour qu’ils fondent comme neige au soleil dès la première mouture du Projet de Loi de Finances 2020.

Qu’on le veuille ou non, au Maroc, la dépense fiscale est axée plus sur le capital que sur le travail.  A cet égard,  le débat autour de la justice distributive est fort utile. Le constat est sans appel : il devient urgent d’opérer une réduction progressive, voire une élimination des distorsions concurrentielles induites par la multiplicité des dépenses fiscales et des exonérations dont bénéficient à chaque fois les mêmes secteurs (agriculture, immobilier, hôtellerie…). Qui osera parler d’équité fiscale ?

Source : EcoActu.ma

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