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COMMENT FINANCER LA RELANCE

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A l’amorce d’une récession qui s’annonce inédite, le Maroc doit engager tout de suite une politique à la fois vigoureuse et
innovante pour relancer son économie.
Une politique où toute forme d’austérité budgétaire est à bannir. Comment financer
cette relance ? Quels montants engager?

Les dix piste que nous avons identifiées sont le résultat de plusieurs contribution .
Elles se présentent comme la synthèse d’avis, d’analyses, d’idées récoltées par Tel-Quel auprès d’anciens ministres, de hauts fonctionnaires, de diplomates, de banquiers, de chefs et de cadres d’entreprises, d’économistes et de consultants. Tous ont été sondés sur la meilleure manière de financer le redémarrage de l’économie marocaine ainsi que sur le volume de financement que nous pouvons mobiliser, en un laps de temps réduit, afin de limiter au maximum les dégâts associés à cette crise inédite.

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#ANNONCER_TOUT_DE_SUITE_100_MILLIARDS_DE_DIRHAMS_DE_SOUTIEN_ADDITIONNEL_À_LÉCONOMIE

En prenant en compte les ressources du Fonds Spécial de Solidarité, le montant total de l’enveloppe disponible pour soutenir l’économie devrait être d’environ 10% du PIB du pays. Ceci alignerait la réponse du Maroc avec celle des autres pays tout en créant un choc positif de confiance pour le tissu économique et les ménages. Où trouver tout cet argent, objecteront certains ? En l’emprunt ou
Jadis tabou, faire financer l’État par Bank Al-Maghrib. notamment en faisant fonctionner la planche à billets, fait un retour en force.
même en le créant s’il le fallait ! A l’instar des États-Unis, des pays d’Europe, du Japon ou encore de la Chine. Ce montant, réaliste, peut être augmenté en utilisant uniquement des moyens internes, notamment ceux dont dispose Bank Al-Maghrib .

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#UTILISER_AU_MINIMUM_LOPTION_DE_LENDETTEMENT_EXTÉRIEUR

Un pays souverain ne peut, par définition, faire défaut sur sa dette intérieure (car il a le privilège de battre monnaie). L’endettement extérieur, lui, doit être remboursé en devises. Mieux vaut donc, dans ces circonstances, que la dette publique soit libellée en dirham et détenue par des acteurs nationaux. Grâce à cette formule, le Japon défie les lois de la gravité économique depuis plusieurs décennies, tout en maintenant une dette publique supérieure à 225% du PIB. Cependant, certains de nos interlocuteurs pensent que la dette extérieure devrait être utilisée de manière plus importante. Il nous semble malgré tout que la seule raison de s’endetter en devises serait une crise tellement aiguë de la balance des paiements que nous aurions un besoin urgent et immédiat de devises pour régler nos achats essentiels. Mais cette situation semble évitable.

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#GÉRER_NOS_RÉSERVES_DE_CHANGE_DE_MINIÈRE_PRUDENTE

A présent que le Maroc a procédé au tirage de 3 milliards de dollars sur la Ligne de précaution et de liquidité du FMI, il est essentiel de ne pas user de cette manne pour maintenir le taux de change du dirham à des nivaux usuels. Car si le dirham se déprécie, cela améliorerait la compétitivité prix du Maroc, favoriserait les exportations au moment de la reprise et réduirait les importations sur des produits non essentiels. Cela générera de nouvelles ressources pour le budget de L’état tout en améliorant notre balance commerciale. En outre, les tensions inflationnistes qui pourraient résulter de la dépréciation seraient en partie gommées par la chute des cours des matières premières.

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#ENGAGER_UN_PROGRAMME_MASSIF_DÉMISSIONS_DOBLIGATIONS_DU_TRÉSOR

Cette initiative pourrait permettre de lever entre 30 et 60 milliards de dirhams sur le marché intérieur. Il y a peu de risques d’engendrer un effet d’éviction significatif sur le secteur privé, étant donné que le pays entre en récession et que les opportunités de placements alternatifs de liquidités seraient peu intéressantes. Il suffirait donc d’un signal au niveau des taux de la part de la banque centrale pour inciter les acteurs institutionnels à souscrire de manière volontariste aux emprunts de l’Etat Par ailleurs, au vu de la taille étroite de notre marché financier et le rôle majeur de l’Etat dans la réglementation des OPCVM, des banques, des organismes de prévoyance et d’assurance et contrôle, un appel au patriotisme, accompagné de quelques incitations fiscales et réglementaires, devrait garantir un large succès au programme.

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#LANCER_UNE_GRANDE_SOUSCRIPTION_POPULAIRE

Lancer une grande souscription populaire auprès des ménages, entreprises et particuliers, par temps de crise sanitaire, aurait du sens. Une récente étude du Crédit Suisse indiquait qu’en 2019,les Marocains détenaient près de 305 milliards de dollars d’actifs, soit près de 2,5 fois le PIB national. Certes, ce type d’étude estimative est à prendre avec des pincettes et tous les actifs des Marocains ne sont pas liquides, mais si les conditions l’autorisent, il ne parait pas déraisonnable d’espérer mobiliser des moyens considérables. Exemple : 1 million de Marocains souscrivant 1000 dirhams mobiliseraient 1 milliard de dirhams. Avec le Fonds Spécial Covid-19, l’élan de générosité en a étonné plus d’un Des grandes fortunes jusqu’aux entreprises publiques, en passant par les agences publiques, les dons ont été importants. L’effort doit se poursuivre .

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#INCITER_BANK_ALMAGHRIB_À_ÊTRE_UN_PEU_PLUS_VOLONTARISTE

Jusqu’ici, la réponse de Bank Al-Maghrib à la crise est assez timide. Une baisse du taux directeur de 25 points de base et une augmentation des capacités de refinancement des banques commerciales (qui ne sont pas encore totalement opérationnelles) ne peuvent constituer une réponse suffisante. Pas quand la Federal reserve américaine prête directement aux entreprises et aux ménages ou que la Banque centrale européenne procède à un rachat massif des titres. Avec la réputation et la crédibilité internationale dont jouit le gouverneur de BAM, Abdellatif Jouahri, nul doute que son institution pourrait faire preuve d’innovation et convaincre nos partenaires internationaux du bien-fondé de son action. En outre, BAM pourrait rapidement apporter une capacité de financement supplémentaire très importante (100 milliards de dirhams, selon une estimation faite par des experts financiers marocains) aux banques en acceptant de prendre comme collatéral (garanties) les obligations émises par des entrepris.. A fin 2019, l’encours de cette dette, était d’environ 229 milliards de dirhams. Pour le moment, et conformément à la règlementation en vigueur, seuls 60 milliards de cet encours, émis sous forme de certificats de dépôt par les banques, sont acceptables comme garanties par BAM. A cela, peuvent s’ajouter les dettes privées émises par des entreprises publiques stratégiques. Rien que dans le secteur du transport & logistique, cela peut représenter 40 autres milliards : ADM (19), ONCF (9), Tanger Med (5), ONDA (2), ANP Au moment où nous mettions sous presse, Bank Al-Maghrib aurait fait un premier pas en acceptant comme garanties les obligations émises par les entreprises publiques. Reste les entreprises privées.

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#FAIRE_FINANCER_LÉTAT_DIRECTEMENT_PAR_BANK_ALMAGHRIB

Jadis tabou, ce concept fait un retour en force sous différentes dénominations : monétiser le déficit, faire fonctionner la planche à billets, faire des avances au Trésor, acheter des titres de dettes directement aux acteurs financiers afin de leur permettre d’injecter plus de liquidités dans l’économie Dernier exemple en date, La Banque d’Angleterre vient d’annoncer qu’elle userait de ce mécanisme. De plus, les craintes relatives à l’augmentation du taux d’inflation en cas de création monétaire massive ne se sont pas matérialisées lors de la grande crise financière de 2008. Le financement direct par la banque centrale de l’État n’est ni la voie royale vers l’hyperinflation ni un remède miracle. C’est un simple outil budgétaire additionnel qui, en fonction de son utilisation, peut s’avérer utile ou dangereux. BAM dispose d’un bi-lan qui, rapporté au PIB marocain, lui permet de lancer ce type d’initiatives pour des montants importants : plusieurs dizaines de milliards de dirhams en cas de besoin. Pour le Maroc, il conviendra donc simplement de le considérer le moment venu pour une utilisation ponctuelle, exceptionnelle, et qui n’a pas vocation à se poursuivre .

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#CRÉER_UN_FONDS_DE_GARANTIE_FORTEMENT_DOTÉ_POUR_RASSURER_LES_BANQUES

Le gouvernement a annoncé un programme d’urgence pour financer la trésorerie des entreprises pendant cette période via des crédits de fonctionnement. Il s’appuie sur une garantie à 95% de la Caisse Centrale de Garantie (CCG), Damane Oxygène. Cependant, sur le terrain, ce programme a du mal à être déployé. L’une des principales raisons est le manque de confiance des banques dans la capacité de la CCG à faire face aux défauts de paiement à venir, vu les montants en jeu et les risques anticipés de défaillance d’entreprises. Pour dissiper la frilosité des banques et les inciter à financer les entreprises pendant cette période de crise, un fonds de garantie spécial devra être créé par L’état. Celui-ci serait suffisamment doté pour couvrir des risques inhérents aux laits spécifiques à la crise Covid-19, mais aussi aux créances en souffrance résultant de la décrue d’activité.

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#CRÉATION_DUN_FONDS_POUR_INVESTIR_DANS_LES_ENTREPRISES_EN_DIFFICULTÉ

Si l’Etat a incité les banques à alimenter momentanément les trésoreries des entreprises en difficulté et à reporter leurs échéances de crédits, ces mesures seules ne peuvent compenser des carnets de commande vides et une demande atone. La pérennité de l’entreprise appelle des mécanismes plus volontaristes. L’un d’entre eux serait la création d’un fonds public destiné à renforcer les res-sources financières des entreprises sous forme de capitaux ou de dettes. Deux options seraient envisageables. Soit une prise de participation temporaire (2 à 3 ans par exemple) par le fonds dans des entreprises privées en difficulté, avec des régles de sortie définies dès le départ. Une méthode qui n’est pas sans rappeler la solution mise en place par l’UE en 2008 pour soutenir le secteur financier ou aux Etats-Unis pour le secteur automobile. Ce mécanisme pourrait, en prime, s’avérer profitable pour l’Etat. Soit la mise à disposition par le fonds de prêts à taux zéro étalés sur une période limitée. Les modalités pratiques, à savoir montant du fonds, valorisation des entreprises à rentrée et à la sortie, ciblage, secteurs, conditions sur remploi, peuvent être définies rapidement dès que le principe est acquis.

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#DONS_SOLIDARITÉ_ET_COOPÉRATION_INTERNATIONALE

Le Maroc n’a pas encore épuisé les capacités de solidarité interne et externe aux quelles il pourrait faire appel. Sur le plan interne, le fonds Covid-19 a montré la capacité de solidarité dont peuvent faire preuve des particuliers et des entreprises. Selon de très bons connaisseurs des structures patrimoniales marocaines, il est possible d’aller nettement au-delà de ce qui a été collecté jusqu’à présent. Deux conditions : annoncer des objectifs clairs, précis, ambitieux, et assurer une gestion transparente dans l’utilisation des fonds collectés. Sur le plan externe, plusieurs sources existent, qu’il faut solliciter. L’Union européenne a prévu une enveloppe de 1,4 milliard d’euros d’aide au Maroc pour la période 2021-2027. Le royaume peut demander une augmentation de ce montant et d’accélérer son déblocage sur les premières an-nées afin de l’orienter vers la relance. Autre piste, les pays du Golfe (CCG). Il ya quelques années, le Maroc a bénéficié d’un don de 5 milliards de dollars. Solliciter à nouveau les pays du CCG dans cette période de crise est une décision qui se justifie, mais où interviennent des considérations à la fois politiques et personnelles entre les chefs d’État Enfin les bailleurs de fonds et organismes de coopération internationale, qui accompagnent traditionnellement le Maroc à travers des dons et des préts concessionnels , pourront être sollicités pour des programmes de relance sur les plans économiques et sociaux. L’ensemble de ces sources pourrait injecter plusieurs dizaines de milliards de dirhams dans le programme de relance.

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