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ENDETTEMENT_EXTÉRIEUR_EST_CE_LA_BONNE_SOLUTION



Relèvement du plafond de la dette extérieure, Ligne de précautions et de liquidités… le gouvernement souhaite profiter de sa bonne réputation auprès des marches et des institutions internationales pour financer sa gestion de la crise et sa politique de relance.

#Estce_la_stratégie_adéquate ?

#Quelles_en_sont_les_limites ?

la commission des finances et du développement économique à la Chambre des représentants a adopté le décret-loi autorisant le gouvernement à dépasser le plafond des financements extérieurs fixé par la Loi de Finances 2020 à 31 milliards de dirhams. Le lendemain, un communiqué conjoint de Bank Al-Maghrib et du ministère des Finances annonçait le tirage des 3 milliards de dollars de la Ligne de précautions et de liquidités (LPL) auprès du Fonds monétaire international. Ces deux décisions prises simultanément démontrent que le gouvernement compte s’appuyer sur l’endettement extérieur pour atténuer les effets de la crise et financer la relance. Est-ce la bonne stratégie à adopter ? Éléments de réponse.



#POURQUOI_RECIURIR_À_LENDETTEMENT_EXTÉRIEUR_PLUTÔT_QUÀ_LENDETTEMENT_INTÉRIEUR ?

Le Trésor public a toujours préféré s’endetter sur le marché domestique plutôt qu’à l’international, ce qui explique que près de 80% de la dette publique est une dette interne, contre 20% en dette externe. L’adoption du décret-loi autorisant le dépassement du plafond des emprunts extérieurs démontre une inflexion de ce principe. Le premier élément qui explique cette stratégie est le besoin en devises. Ainsi, le montant de cette dette dépendra de la taille du ‘trou’ de la balance des paiements qui sera comblé”, estime un économiste. Avec la baisse attendue des exportations, des investissements directs étrangers (IDE), des recettes touristiques et des transferts des MRE, le royaume devra faire face à une détérioration de ses réserves en devises. D’après Bank Al-Maghrib, ces réserves sont aujourd’hui’ autour de 242 milliards de dirhams, ce qui permet de couvrir plus de cinq mois d’importations de biens et services. Cependant, la crise risque de durer plus longtemps que prévu, surtout que, comme le rappelle l’économiste Najib Akbi, nos trois principaux partenaires commerciaux que sont l’Espagne, la France et l’Italie, sont, eux aussi, durement touchés par la pandémie. L’autre justification du recours à l’endettement extérieur est la faible capacité d’emprunt sur le marché local. Le marché domestique reste limité et ne peut répondre à des besoins importants de financement de l’Etat. De plus, “recourir au marché local risque d’assécher la liquidité dont l’économie nationale a grandement besoin”, prévient l’économiste et ancien ministre du Commerce extérieur, Abdellafif Maâr ouz. Une analyse que réfute le ministre de l’Economie et des Financces dans l’entretien qu’il nous accorde cette semaine. Ainsi, selon Mohamed Benchâaboun, “dans cette conjoncture difficile, le Maroc peut continuer à faire du marché intérieur sa principale source de financement, tenant#QUELS_SONT_LES_AVANTAGES_DUN_ENDETTEMENT_EXTÉRIEUR ?

Une sortie à l’international a de grandes chances de se faire dans des conditions favorables. Comme le rappelle Fouzia Zaaboul, le royaume “reste le seul pays du continent africain à avoir des obligations internationales sur le marché financier international, notées ‘Investment Grade, et il est, à ce titre donc, considéré parmi les pays émergents ayant une bonne signature.” Le 8 avril, l’agence de notation Standard & Poor’s a maintenu la note Investment Grade BBB sur la dette souveraine marocaine, une décision justifiée par le fait que “l’impact économique et budgétaire défavorable de la pandémie de Covid-19 sera maîtrisé sans endommager durablement et structurellement les paramètres de crédit.” “L’endettement extérieur du Maroc est souvent à taux fixe et auprès d’institutions internationales, l’Etat ne travaille jamais avec des fonds vautours, ce qui lui permet d’avoir la maîtrise dans la gestion de sa dette et démontre de la confiance dont il jouit à l’international”, analyse Zakaria Garti, chargé d’investissement dans une institution financière et membre fondateur du mouvement Maan. Preuve de cette confiance, la dernière sortie du Maroc sur les marchés internationaux, en novembre dernier, s’est faite avec un taux d’intérêt historiquement bas : 1,5% pour un milliard d’euros. Le Maroc pourrait aussi profiter des plans de financement mis en place par les institutions internationales dans le but de relancer l’économie (Banque Mondiale, BAD, BERD…).

#QUELS_SONT_LES_INCONVÉNIENTS_DUN_ENDETTEMENT_EXTÉRIEUR ?

La contrainte principale de l’endettement extérieur est la perte de souveraineté dans les politiques publiques. Le gouvernement sera contraint de prendre en compte les avis des experts du FMI, de la Banque Mondiale ou encore des agences de notation dans sa manière de gérer le budget et d’orienter les investissements. Des secteurs importants comme l’éducation ou la santé risquent alors de souffrir de sous-investissement chronique. L’Etat se verra aussi imposer des réformes structurelles par ces organismes (privatisation, libéralisation du taux de change…). Pour autant, ce ne sera pas le cas en ce qui concerne le tirage sur la LPL, celle-ci n’étant adossée à aucune conditionalité de réformes ou de réduction du train de vie de l’Etat. Avec cette crise, les marchés connaissent une volatilité importante, ce qui pourrait représenter un risque —quoique minime – pour une sortie à l’international du royaume. Les spreads (primes de risques) sont actuellement à un niveau élevé. Toutes ces conditions peuvent rendre le coût de la dette élevé et les volumes insuffisants en cas de sortie précipitée. Il faut donc saisir le bon moment et bien préparer l’opération. En plus de toutes ces contraintes, reste le problème du taux de change. Dans tin article publié en 1999, les économistes Barry Eichengreen et Ricardo Hausmann qualifiaient le fait que la plupart des pays ne peuvent emprunter à l’étranger dans leur propre monnaie de “péché originel”. “Lorsqu’un pays souffre du péché originel, par définition sa dette extérieure sera principalement libellée en monnaie étrangère. Si le pays accumule une dette nette (comme on s’y attend dans le cas d’un pays en voie de développement), on retrouvera alors une disparité globale de monnaies dans ses comptes nationaux”, écrivent les deux économistes. Conséquence de cette situation, si la devise locale se déprécie (le dirham en l’occurence), cela provoquera un alourdissement du service de la dette libellée en devise étrangère (euro ou dollar), ce qui peut avoir de sérieuses répercussions sur l’équilibre.

#Y_A_T_IL_DES_NIVEAUX_DENDETTEMENT_EXTÉRIEUR_ACCEPTABLES ?

Grâce à une meilleure gestion des dépenses et des recettes de l’Etat ces dernières années, l’encours de la dette extérieure est descendu sous la barre des 30% du PIB. Ce qui permet au Maroc de disposer de marges confortables en matière d’endettement. “En général, des tests de soutenabilité de la dette sont conduits pays par pays, en fonction de la structure économique et des perspectives. Il n’y a pas de chiffre magique mais on parle souvent de moins de 40% du PIB”, soutient un économiste. Zakaria Garti pense quant à lui que la dette du Trésor, qui se situe actuellement autour de 65% du PIB, peut aller jusqu’à 90 ou 95%.
Faut-il recourir à l’endettement extérieur pour financer la relance apres la crise ? “Non si on peut l’éviter. Le Maroc ne fait pas face à une crise de sa balance de paiements ni à une crise endogène structurelle qui nécessite de la devise. Par ailleurs, la plupart des besoins de relance seront en monnaie locale au moins sur le court terme (un travailleur qui a besoin d’une aide directe a besoin de dirhams pas d’euros ou de dollars). La nuance est sur la forme de relance que l’on souhaite et de l’orientation de la politique de relance. A-t-on besoin de devises pour cela ou pas ?”, résume un économiste. Pour Tarik El Malki, enseignant-chercheur (Groupe ISCAE) et analyste au Centre marocain de conjoncture (CMC), si le recours à l’endettement semble s’imposer vu le contexte exceptionnel que nous vivons, “il ne saurait être LA solution miracle pour financer la relance de notre économie.” “A ce titre, il convient de travailler activement sur des mécanismes et des politiques à même de renforcer notre souveraineté économique et financière et dégager des ressources propres nous permettant de nous départir de la tutelle exercée par les institutions financières et les marchés financiers. Je parle, pour ce faire, d’une double réforme : la réforme fiscale et la réforme monétaire”, conclut-il.

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